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Une place pour le père dans l’intérêt de l’enfant

Par Laurence Verley.

Plus de 85 % des enfants de parents séparés vivent avec leur mère. Un quart d’entre eux n’ont plus de contact leur père. Quelle est la place de la figure paternelle dans la construction psychologique du jeune enfant ?

Il n’y a pas une seule mais plusieurs figures paternelles coexistantes, les conceptions étant différentes selon l’histoire des sociétés humaines. Du « pater familias » de l’antiquité romaine, qui a droit de vie et de mort sur son enfant, à la décadence du chef de famille des années 70 jusqu’au « papa gâteau » de nos jours, le rôle et l’image du père ont changé.

La figure du père tout puissant, du « père sévère » a été remise en question Celles du « père de la nation », Louis XVI fut tout simplement guillotiné, ou de « Dieu le père » ont connu elles aussi leur totale remise en cause.

Descendue de son piédestal, la fonction paternelle n’est plus clairement identifiée pour l’enfant d’aujourd’hui : paternité polyandrique (plusieurs pères se succèdent dans une même famille), monoparentalité, homoparentalité, paternité avec ou sans rapport sexuel… « Elle a fait un enfant toute seule », comme dit la chanson. Toute se passe comme si la figure paternelle pouvait se réduire à la simple fonction biologique. L’importance du rôle du père n’est pourtant pas abolie pour autant. En période de crise sociale, la figure du père, du guide, n’est-elle pas un besoin récurrent ? Quand les parents se séparent, le besoin de père se fait d’autant plus ressentir.

Pour la psychanalyse et le schéma classique de l’Oedipe, le père, qui incarne la loi autrement dit l’interdit, favorise le processus de distanciation et d’autonomie nécessaire à la construction de l’enfant. L’un des rôles spécifiques du père est donc de donner à la relation mère-enfant une dimension moins exclusive. Le père offre la possibilité à l’enfant de se construire en dehors de la relation maternelle.

En l’absence de la figure paternelle, l’enfant cherchera par exemple un substitut du père dans la personne du « papy », le père du père… Ces Grands-pères qui s’investissent beaucoup de nos jours dans l’éducation des enfants, prenant symboliquement la place d’un père au carré pourrait-on dire.

Ainsi combien de jeunes enfants privés de leur père n’ont-ils pas appelé leur grand-père « papa » faute d’une image masculine de référence ? Si le père est absent de l’univers familial ou gravement défaillant, l’enfant trouve toujours des figures d’identification.

Quand le père a été remplacé à la maison par un autre homme, la difficulté pour le « papa » biologique est de se sentir étranger dans la relation à son propre enfant. Or, le partage du rôle paternel peut être bien vécu si l’on pense que « la coutume de confier l’éducation d’un fils à son oncle paternel était d’usage courant sur la côte nord-ouest de l’Amérique aussi bien que dans la société féodale européennes », selon l’ethnologue Claude Levi-Strauss.

Pour comprendre le rôle et la place du père dans l’éducation, il faut donc distinguer la fonction biologique (donner la vie) de la fonction symbolique (donner des repères, donner de l’amour). Dans cette dernière fonction paternelle, le père ne peut être remplacé par quiconque.

Casser l’image du père ou éloigner volontairement et sans aucune raison valable la famille du papa, n’est donc pas dans l’intérêt de l’enfant.

Le législateur a bien compris l’importance de ce rôle. Il a instauré une réelle égalité entre le père et la mère avec la réforme de l’autorité parentale. La loi du 4 mars 2002 prévoit un dispositif qui rétablit la place du père dans la problématique du couple séparé.

L’essentiel étant avant tout de préserver les liens avec l’enfant.


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